La V85 TT est arrivée en 2019 avec une promesse claire : l’âme d’un moteur transalpin dans un châssis trail moderne. Mais entre le lancement enthousiaste et l’usage quotidien, quelques fissures sont apparues.
Voici ce que les propriétaires ont vraiment constaté, chiffres et pièces remplacées à l’appui.
Les problèmes les plus fréquents sur la Moto Guzzi V85 TT
L’électronique reste le point faible le plus souvent cité. Des ralentis instables, des montées de régime sans raison apparente et des arrêts moteur inopinés ont été signalés sur plusieurs exemplaires, notamment en conditions de température froide.
Le problème vient en partie des contraintes imposées par les normes Euro 4 puis Euro 5 : l’injection se retrouve trop pauvre à bas régime au démarrage, ce qui se traduit par des à-coups et un ralenti qui chasse avant de se stabiliser.
Les difficultés de démarrage à froid sont directement liées à ce réglage d’injection. Dans certains cas, des bougies défectueuses amplifient le phénomène.
Un contrôle des bougies autour de 10 000 km peut suffire à régler le problème, mais le fait qu’il soit récurrent sur plusieurs unités indique bien une limite de conception.
Les fuites d’huile au niveau du joint spi de fourche reviennent régulièrement dans les forums spécialisés.
La fourche inversée de 41 mm n’est pas en cause dans sa conception, mais la durabilité de ses joints en usage trail (projections, vibrations) laisse à désirer sur certains exemplaires.
Le remplacement est une opération courante en atelier, mais elle aurait dû être évitée sur une moto récente.
Le contrôle de traction trop interventionniste est un grief fréquent des propriétaires qui utilisent leur V85 TT en dehors du bitume. Sur pavés mouillés ou gravillons, le système coupe l’alimentation de façon franche, sans progressivité, ce qui peut surprendre.
En 2025, des retours récents confirment que ce comportement persiste sur les exemplaires Euro 5.
Le régulateur de vitesse est un autre point fragile : plusieurs propriétaires signalent un enclenchement aléatoire et des désactivations inopinées.
Rappels constructeur : quels modèles sont concernés?

Fin 2019, Moto Guzzi a émis deux rappels officiels portant sur les premières V85 TT produites. Le premier concerne 371 motos présentant des fuites au niveau de la transmission finale – le cardan, en clair.
Les joints de la transmission arrière pouvaient laisser échapper de l’huile, avec un risque de contamination des freins ou de projection sur la roue.
L’intervention consistait en une inspection et un remplacement des joints, prise en charge intégralement par le réseau Guzzi.
Le second rappel touche 399 motos équipées de repose-pieds défectueux, susceptibles de se décrocher en roulage. Un repose-pied qui se libère à 120 km/h sur autoroute, ce n’est pas un défaut cosmétique. Les deux rappels ont été traités en concession sur présentation du numéro de série.
Pour savoir si votre moto est concernée, le numéro de série (gravé sur le cadre côté gauche, sous le té de fourche) permet de vérifier le statut auprès de n’importe quel concessionnaire Guzzi ou via la base de données de rappels de la DGCCRF.
Si vous achetez une V85 TT d’occasion millésime 2019, vérifiez systématiquement que ces deux interventions ont été réalisées et notées dans le carnet d’entretien.
Avis et retours de propriétaires sur la fiabilité
Sur les forums français et les groupes de propriétaires actifs en 2024-2025, la V85 TT bénéficie d’une réputation globalement honnête.
La plupart des propriétaires franchissent les 20 000 km sans panne sérieuse, à condition que les rappels aient été effectués et que le premier entretien ait été fait dans les temps.
Un retour concret revient souvent dans les discussions : autour de 18 000 km, un propriétaire a dû remplacer le klaxon (défaillance électrique banale), l’amortisseur arrière (qui manquait déjà de fermeté dès l’origine selon lui), le contacteur de frein arrière et le commodo du régulateur de vitesse.
Quatre pièces en une révision, ça peut paraître beaucoup – mais sur une moto utilisée régulièrement en voyage, certains de ces composants sont exposés aux vibrations et à l’humidité.
Sur la consommation d’huile, le bicylindre en V refroidi par air consomme un peu d’huile entre les vidanges, ce qui est normal pour cette architecture.
Le seuil accepté par Moto Guzzi est inférieur à 300 mL pour 10 000 km en usage standard. Si vous restez en dessous, pas d’inquiétude à avoir. Au-delà, une vérification des segments s’impose.
La perception générale en 2025 : une moto attachante, avec un caractère moteur reconnaissable, mais qui demande un suivi rigoureux de ses entretiens. Les propriétaires qui en font le moins ne sont pas les plus satisfaits.
Fiche technique de la V85 TT : moteur, transmission et équipements

Le moteur est un bicylindre en V à 90° refroidi par air, 853 cm³, qui développe 80 ch (59 kW) à 7 750 tr/min et un couple maximal de 83,4 Nm.
Le taux de compression de 10,5:1 est raisonnable pour ce type d’architecture. Le couple arrive tôt dans la plage de régimes, ce qui rend la moto maniable en ville et sur routes sinueuses.
La transmission par cardan est la signature technique du modèle – et l’une de ses spécificités parmi les trails de sa catégorie au lancement en 2019.
La boîte 6 vitesses est couplée à un arbre de transmission, ce qui supprime l’entretien de la chaîne mais ajoute un peu de poids et modifie les réactions en décélération.
| Caractéristique | Valeur |
|---|---|
| Cylindrée | 853 cm³ |
| Puissance | 80 ch à 7 750 tr/min |
| Couple | 83,4 Nm |
| Poids à vide | 208 kg |
| Hauteur de selle | 830 mm |
| Empattement | 1 530 mm |
| Réservoir | 23 L |
| Consommation homologuée | 4,9 L/100 km (WMTC) |
| Pneus | 110/80 R19 AV / 150/70 R17 AR |
| Prix neuf 2025 | 13 499 € |
L’équipement de série comprend un écran TFT couleur de 5 pouces, un ABS Cornering, le contrôle de traction et quatre modes de conduite.
La fourche inversée de 41 mm offre 170 mm de débattement, réglable en précharge et en amortissement.
À 13 499 € en 2025, le tarif est cohérent avec la concurrence directe, bien que certaines trails japonaises proposent un niveau de finition électronique plus abouti à prix équivalent.
Quelle est la vitesse maximale de la Moto Guzzi V85 TT?
La V85 TT atteint 185 km/h en vitesse de pointe. Pour une trail de 208 kg développant 80 ch, c’est cohérent. Ce n’est pas une sportive, et personne ne lui demande de l’être.
Le réservoir de 23 L associé à une consommation homologuée de 4,9 L/100 km donne une autonomie théorique de près de 470 km.
En usage réel, entre 400 et 430 km sont facilement atteignables sur autoroute et routes nationales en adoptant une conduite souple. Les émissions sont de 118 g de CO₂ par km, conformément à la norme Euro 5.
Ce qui compte davantage que la vitesse maxi, sur ce type de moto, c’est la disponibilité du couple entre 3 500 et 6 000 tr/min – plage dans laquelle la V85 TT se montre franchement à l’aise pour les dépassements et les relances sur routes secondaires.
La V85 TT reste une trail à l’usage plus routier que tout-terrain

La hauteur de selle à 830 mm et l’empattement court de 1 530 mm donnent une impression de compacité en selle.
La moto tourne bien, réagit vite aux changements de direction. Mais plusieurs caractéristiques techniques limitent son usage hors bitume sérieux.
Le cardan, d’abord. Sur terrain défoncé, les à-coups en décélération sont plus perceptibles qu’avec une chaîne, et la transmission par arbre transmet les réactions au train arrière d’une façon qui demande une adaptation. Les riders habitués aux trails chaînées le notent immédiatement.
Le contrôle de traction trop intrusif sur revêtements variables est l’autre frein à l’usage trail engagé. Sur piste sèche et stable, la V85 TT se comporte correctement.
Dès que le sol devient imprévisible, le système coupe trop tôt et trop fort. Certains propriétaires désactivent le traction control systématiquement dès qu’ils quittent l’asphalte.
Sur route, en revanche, la V85 TT tient toutes ses promesses. Le moteur en V à 90° transmet ses vibrations basses fréquences aux poignées et aux repose-pieds d’une façon que les amateurs de mécanique ancienne reconnaissent et apprécient.
Ce bicylindre transalpin a une personnalité que peu de machines modernes peuvent revendiquer. C’est peut-être ce qui fait que ses propriétaires lui pardonnent ses défauts.