Vous mettez plus de 60 000 € sur la table, et un camping-car sur cinq tombe en panne grave avant ses cinq ans.
Ce n’est pas un chiffre inventé par un forum de mécontents – c’est la réalité du marché que les vendeurs n’affichent pas sur leurs fiches techniques.
En France, quelque 550 000 véhicules de loisir circulent pour 1,4 million d’amateurs. Le parc grossit vite : 11 918 camping-cars neufs immatriculés en 2025, soit +20 % par rapport à 2023.
Derrière cette croissance se cachent des disparités de qualité considérables selon les marques.
Quelles sont les marques de camping-car les plus souvent citées pour leurs défauts?
Quatre marques reviennent systématiquement dans les relevés de pannes et les forums spécialisés : CI (Caravans International), Roller Team, McLouis et Chausson.
Elles partagent un point commun que peu d’acheteurs connaissent avant de signer : elles appartiennent toutes au groupe Trigano, et partagent souvent les mêmes plateformes de production italiennes.
Ce partage de plateforme a une conséquence directe. Un défaut de conception repéré sur un Roller Team se retrouve souvent sur un CI du même millésime, simplement rebadgé.
Les infiltrations d’eau figurent en tête des griefs entre 2022 et 2025 pour ces deux marques.
Chausson souffre d’un autre type de problème : des délais de pièces détachées atteignant cinq à six mois selon de nombreux propriétaires. Une réparation qui devrait durer une semaine s’étire sur un hiver entier, camping-car immobilisé.
Challenger, autre marque du groupe, présente des infiltrations récurrentes au niveau du coffre arrière – une zone que peu de vendeurs pensent à faire contrôler lors d’un achat d’occasion.
Occasions à risque : les modèles et millésimes à surveiller de près

Sur le marché de l’occasion, certains modèles doivent déclencher une vigilance immédiate. Les CI Riviera 181 et 66XT ont été mesurés avec des taux d’humidité dépassant 30 % dans les parois – seuil à partir duquel la structure en bois commence à se dégrader sérieusement. Au-dessus de 20 %, vous êtes déjà en zone orange.
Un hygromètre de chantier à 30 € permet de tester les murs, le plafond et le plancher avant tout achat. Visez les angles, le tour des fenêtres et la jonction toit/paroi latérale. Ce sont les zones où le silicone vieillit le plus vite.
Autre piège : les camping-cars d’occasion montés sur les moteurs Ford Puma des années 2007 à 2009. Cette motorisation a été commercialisée par plusieurs carrossiers sur des châssis Transit de l’époque.
Elle souffre de performances insuffisantes pour le poids d’un véhicule de loisir et de défaillances électroniques récurrentes. Fuyez ces millésimes, surtout au-delà de 100 000 km.
Si le système de parabole automatique du camping-car présente déjà des dysfonctionnements à l’essai, c’est souvent le signe d’une électronique générale mal entretenue.
Quelle est la marque de camping-car la plus fiable?
Hymer reste la référence absolue avec un taux de satisfaction propriétaires supérieur à 80 % et une décote annuelle de seulement 8 %, contre 15 % pour la moyenne du marché.
Un Hymer acheté 90 000 € vaut encore plus de 60 000 € cinq ans plus tard. C’est un argument financier béton.
Voici les marques qui ressortent le mieux selon les immatriculations, avis propriétaires et qualité SAV :
- Hymer – fabrication allemande, finition soignée, réseau SAV dense
- Adria – fiabilité slovène reconnue, bon rapport qualité/prix dans le segment intermédiaire
- Pilote – marque française bien implantée, SAV réactif
- Rapido – conserve jusqu’à 70 % de sa valeur après cinq ans
- Knaus – robustesse allemande, moins de reports de pièces
- Laika – finition italienne au-dessus de la moyenne de son segment
- Carthago et Frankia – positionnement premium, décote maîtrisée
Les camping-cars allemands conservent en moyenne 70 % de leur valeur après cinq ans, contre 50 à 60 % pour le reste du marché. Cette différence de valeur résiduelle change radicalement l’équation financière à la revente.
Fiabilité mécanique : le châssis Fiat Ducato pèse lourd dans l’équation

Environ 70 % des camping-cars neufs vendus en France reposent sur le Fiat Ducato. C’est une mécanique éprouvée, avec un réseau de garages dense et des pièces accessibles. Mais elle a un talon d’Achille bien documenté : l’embrayage.
Sur un Ducato chargé à 3,5 tonnes – la masse maximale autorisée la plus courante pour un camping-car – l’embrayage peut céder avant 20 000 km si le conducteur n’a pas l’habitude de ce type de véhicule.
La facture tourne autour de 2 500 €. C’est le premier poste de réparation non lié au carrossier que vous rencontrerez.
Cette donnée change une chose dans l’analyse des marques à éviter : un camping-car CI ou Roller Team mal construit sur un Ducato cumule les risques côté carrosserie ET côté châssis.
Un Hymer sur le même Ducato ne vous expose qu’aux problèmes mécaniques du châssis – moins fréquents et mieux pris en charge par le réseau.
La responsabilité carrossier et la fiabilité châssis sont deux variables distinctes qu’il faut analyser séparément.
Le prix d’achat bas peut-il vraiment coûter plus cher à long terme?
Un camping-car affiché 15 000 € moins cher qu’un concurrent fiable paraît attractif. Mais les chiffres racontent une autre histoire.
Les marques problématiques génèrent en moyenne 2 500 à 3 000 € de réparations par an – infiltrations traitées, électroménager de bord remplacé, pièces commandées des mois à l’avance.
Sur cinq ans, l’écart de prix initial est effacé, et vous avez perdu du temps de vacances en plus de l’argent. Sans compter la décote accélérée à la revente : un CI ou un Roller Team perdra 15 % ou plus de sa valeur chaque année, contre 8 % pour un Hymer. L’acheteur suivant le sait, lui aussi.
Pour trouver des pièces de rechange à prix réduit, certains propriétaires se tournent vers des plateformes spécialisées – mais encore faut-il que la pièce existe et soit compatible, ce qui n’est pas toujours garanti sur les marques à faible diffusion.
Classement des marques de camping-car : comment lire les palmarès sans se faire piéger

Les classements publiés par des magazines spécialisés ou des sites de concession mélangent souvent des critères très différents : volume d’immatriculations, enquêtes de satisfaction, résultats d’essais routiers.
Un palmarès basé uniquement sur les ventes récompense les budgets marketing, pas la qualité.
Pour lire un classement avec esprit critique, vérifiez quatre points :
- Valeur résiduelle à 5 ans – le critère le plus objectif sur la durée
- Délai moyen de prise en charge SAV – souvent absent des palmarès commerciaux
- Densité du réseau de réparateurs agréés – capital si vous tombez en panne loin de chez vous
- Taux de réclamation sous garantie – rarement publié, mais parfois accessible via les associations de consommateurs
Chausson et Challenger apparaissent dans certains top 10 grâce à leur volume de ventes. Ils ne doivent pas être rejetés en bloc, mais leurs scores SAV et leurs problèmes de pièces méritent d’être mis en face de ces classements flatteurs avant toute décision.
Acheter un camping-car en ignorant la marque du carrossier, c’est acheter une maison en ignorant qui a posé la toiture. Le châssis Ducato tient la route – ce qui est dessus, c’est une autre affaire.